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L'alliance Trump-Netanyahu résistera-t-elle à un conflit prolongé ?
information fournie par Reuters 04/03/2026 à 15:00

* Netanyahu a toujours cherché à convaincre Washington de recourir à la force contre l'Iran

* Les objectifs des Etats-Unis et d'Israël pourraient diverger si le conflit s'éternise

* Le Premier ministre israélien espère accroître sa popularité avant les élections d'octobre

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par Maayan Lubell et Rami Ayyub

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu tient enfin l'occasion de renverser le régime iranien, son but ultime depuis de longues années, mais son alignement sans faille avec le président américain risque d'être mis à l'épreuve si le conflit en vient à s'éterniser.

Les objectifs affichés par Israël et les Etats-Unis, d'ores et déjà fluctuants au gré des prises de parole des uns et des autres, pourraient encore évoluer dans les semaines à venir.

Lors du déclenchement de leur campagne de bombardements conjointe contre l'Iran, samedi matin, Donald Trump et Benjamin Netanyahu ont tous deux affirmé que leur but était la chute du régime des mollahs.

Deux jours plus tard, lors d'une allocution à la Maison blanche, la première depuis le début du conflit, le président américain n'a cependant plus fait du renversement du gouvernement iranien sa priorité absolue, assurant que les Etats-Unis cherchaient avant tout à détruire les missiles et la marine iraniens et à empêcher la République islamique de se doter de l'arme nucléaire.

Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a déclaré le même jour lors d'une conférence de presse que l'opération n'était pas une "soi-disant guerre de changement de régime".

A l'inverse, Benjamin Netanyahu a appelé les Iraniens à descendre dans les rues et à renverser leurs dirigeants. "Nous allons d'abord créer les conditions permettant aux Iraniens de prendre leur destin en main", a-t-il déclaré lundi sur Fox News.

Interrogé par Reuters sur la stratégie des deux pays, un responsable américain au fait des discussions internes à la Maison blanche a déclaré qu'ils poursuivaient des objectifs différents. "Le changement de régime en fait partie", a-t-il dit à propos d'Israël.

Mais des responsables israéliens admettent en privé que si Donald Trump souhaite mettre fin à la guerre, Benjamin Netanyahu ne pourra pas s'y opposer.

"Si le président Trump décide qu'il a atteint le terme de cette opération avant que Netanyahu le souhaite, il y mettra quand même fin", a estimé l'ancien ambassadeur des Etats-Unis en Israël Dan Shapiro, qui travaille désormais à l'Atlantic Council, un think tank de Washington.

CRISPATION DU CAMP MAGA

Des pressions liées à la politique intérieure américaine pourraient influencer la réflexion de Donald Trump à mesure que la guerre se prolonge et s'étend.

L'opération lancée par le président américain, qui a pourtant bâti sa popularité au sein de l'électorat "MAGA" (Make America Great Again) sur son refus des interventions militaires extérieures, est impopulaire aux Etats-Unis.

Selon un sondage Reuters/Ipsos, seul un Américain sur quatre soutient les frappes américaines contre l'Iran.

Si l'opération a été saluée par les "faucons" de la politique étrangère à Washington, qui ambitionnent de longue date de renverser le régime autoritaire de Téhéran, certains responsables de la Maison blanche redoutent que ce pari diplomatique ne compromette les chances républicaines de conserver le contrôle du Congrès à l'issue des élections de mi-mandat en novembre.

D'autant que le conflit en cours, qui perturbe le transport maritime et les marchés de l'énergie, pourrait avoir des répercussions sur le pouvoir d'achat, principale préoccupation des Américains.

Ces derniers ont en outre désormais, ce qui est nouveau, une opinion majoritairement défavorable du gouvernement israélien (59% selon un sondage du Pew Research Center réalisé en octobre contre 51% un an plus tôt).

DES MOIS DE PLANIFICATION

Au pouvoir pendant la majeure partie des trente dernières années, Benyamin Netanyahu s'est souvent opposé aux dirigeants américains. Il a critiqué publiquement Barack Obama pour avoir négocié un accord nucléaire avec l'Iran et s'est brouillé avec Joe Biden lors de son offensive militaire dans la bande de Gaza.

Mais depuis le retour de Donald Trump à la Maison blanche en janvier 2025, le Premier ministre israélien a rencontré le président républicain à sept reprises, s'employant à détourner son attention de la guerre à Gaza pour insister sur le danger que représenteraient les programmes balistique et nucléaire iranien, selon un responsable américain au fait de leurs discussions.

Pendant que le président américain dépêchait des émissaires à Genève et Oman pour des pourparlers indirects avec l'Iran, les Etats-Unis et Israël oeuvraient depuis des mois à la planification de leur campagne militaire, dont le calendrier de déclenchement a été arrêté il y a plusieurs semaines, selon un responsable israélien.

Le dernier entretien entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu, organisé à la hâte, a eu lieu à huis clos le 11 février dernier à la Maison blanche.

"J'ai essayé de persuader les gouvernements américains successifs de prendre des mesures fermes et le président Trump l'a fait", s'est félicité Benjamin Netanyahu sur Fox News.

L'idée qu'Israël aurait pu contraindre Washington à entrer en guerre, également avancée par le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, est très impopulaire auprès de l'électorat MAGA et Donald Trump a affirmé le contraire mardi à la Maison blanche :

"Vu l'état des négociations [avec l'Iran], je pense qu'ils allaient attaquer les premiers et je ne voulais pas que cela arrive. Donc j'ai peut-être forcé la main d'Israël", a-t-il dit.

NETANYAHU LE SURVIVANT

Du côté de Benjamin Netanyahu, la prolongation du conflit représente une occasion de redorer son blason avant des élections législatives d'octobre très risquées.

Le Premier ministre israélien, âgé de 76 ans, est toujours poursuivi en justice pour corruption, son alliance avec la droite ultranationaliste se fissure et les attaques du Hamas le 7 octobre 2023 l'ont en partie décrédibilisé sur le plan sécuritaire, même s'il rejette toute responsabilité.

Benjamin Netanyahu est cependant réputé pour son habileté politique et en dépit de sondages prédisant sa défaite en octobre, il pourrait encore l'emporter si les pertes militaires et civiles israéliennes, ainsi que l'impact économique de la guerre, restent limités, estime Udi Sommer, professeur de sciences politiques à l'Université de Tel Aviv.

"Si cela réussit relativement vite comme [lors des frappes israélo-américaines de] juin 2025, cela jouera en sa faveur. Il se présentera en protecteur de la nation et en un homme ayant réussi à entretenir une relation particulièrement fructueuse avec l'administration de Washington", explique-t-il.

Même si Israël parvient à atteindre ses objectifs militaires en Iran, cela n'effacera pas le rejet qu'il suscite auprès d'une grande partie de l'électorat, y compris à droite au sein de sa base, nuance toutefois l'analyste politique Amotz Asa-el, de l'institut Shalom Hartman à Jérusalem.

"Les événements de ces trois dernières années ont été tellement traumatisants, dramatiques et révoltants pour cet électorat indécis que je ne pense pas qu'une quelconque forme de victoire en Iran puisse compenser cela", juge-t-il.

(Jean-Stéphane Brosse pour la version française, édité par Sophie Louet)

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